TABAC


TABAC
TABAC

Pendant quatre siècles, on a fumé comme on buvait du café: par goût, par plaisir et comme un luxe. De plus en plus on fume maintenant, non plus parce que l’on aime fumer, mais plutôt parce que l’on n’aime pas ne pas fumer. La nature du produit a changé, son mode de consommation s’est modifié, les quantités absorbées ont augmenté : le monde découvre que ce plaisir si facile et anodin peut devenir un fléau social, et l’est bien souvent devenu. L’Organisation mondiale de la santé appelle toxicomanie la tendance à absorber un produit toxique susceptible d’engendrer l’assuétude (dépendance psychique et physique) et l’accoutumance qui entraîne à augmenter les doses absorbées. L’usage du tabac, qui semble n’induire aucune dépendance physique, n’est donc pas considéré comme une toxicomanie. Cependant, la présence de toutes les autres caractéristiques de la toxicomanie devrait conduire à l’élaboration du concept de toxicomanie sociale: ce qui distingue véritablement l’usage du tabac de celui du haschisch, c’est, bien moins qu’une dépendance physique assez hypothétique, l’attitude globale de la société à l’égard de ces deux manies. De ce point de vue, la répression massive et brutale ne se distingue plus de l’encouragement tacite ou publicitaire: l’une et l’autre attitude, aussi excessives qu’immotivées, traduisent un aveuglement commun. Le recours à des conduites dangereuses et reconnues comme telles, mais de plus en plus ressenties comme nécessaires à l’équilibre vital, ne se trouve pas étudié de ce point de vue; le sens de ce recours non plus que la nature des raisons qui l’imposent ne sont analysés.

On fume de nos jours bien plus qu’autrefois; on fume autre chose, «grillant» cigarette sur cigarette, alors que nos grands-parents savouraient pipe ou cigare; on fume différemment, en inhalant profondément la fumée. Une «véritable révolution tabagique» s’est produite lorsque furent manufacturées les premières cigarettes: plus commodes que la pipe ou le cigare, dégageant une fumée moins irritante, elles ont permis la transformation d’un usage, fût-il excessif, en manie toujours dangereuse.

Pourtant, il semble à l’heure actuelle encore bien difficile d’être absolument hostile au tabac; est-on hostile au raisin ou au café? La plante n’est pas démoniaque et sa culture fait vivre un grand nombre de familles; la transformation très complexe de ses feuilles et leur commercialisation assurent d’importantes recettes privées ou publiques. Pourtant, l’accroissement considérable du nombre des cancers du poumon a attiré l’attention sur les dangers du tabac; mais l’analyse de ceux-ci a permis de révéler les risques graves que suscite la pollution atmosphérique. Il serait aussi vain et faux d’assigner une étiologie tabagique à tous les cancers des voies respiratoires que d’en rendre exclusivement responsable la pollution atmosphérique. Aussi est-ce le bon usage d’une importante production mondiale qu’il convient de déterminer, car, s’il y a un scandale du tabac, il tient moins, semble-t-il, à sa culture et à sa tansformation qu’aux caractères de sa commercialisation.

1. Une expansion continue

En 1492, Colomb découvre l’Amérique... et le tabac qui va se répandre rapidement en Espagne et au Portugal puis dans le reste de l’Europe. La plante est alors supposée avoir une vertu médicinale. On la respire, on la fume, on la suce, on la boit même en décoction. Dès 1520, les Européens entreprennent d’en faire la culture, et très vite organisent le déplacement d’esclaves noirs comme main-d’œuvre. Les plantations françaises et anglaises se développent en Amérique du Nord, aux Antilles et à Cuba. En 1561, la plante sera acclimatée en Europe et le diplomate Jean Nicot en envoie à Catherine de Médicis pour la soulager de ses migraines. On commence à vendre le tabac en poudre, puis en carottes. L’Italie et Malte découvrent la plante merveilleuse («l’herbe de Sainte-Croix», la «tornabonne», du nom de deux légats pontificaux qui sont censés l’avoir introduite); les Espagnols la répandent aux Pays-Bas; puis la Turquie, le Maroc, même le Japon en organisent la culture. Le tabac est alors un produit précieux et rare : on ne le fume, en très petite quantité, qu’aux deux extrémités de l’échelle sociale, chez les marins et chez les grands.

C’est en Angleterre que s’étend le plus rapidement son usage encouragé par la reine Élisabeth et sir Walter Raleigh. Très vite le commerce anglais suscite le développement de la culture des plantes d’abord en Virginie, puis en Caroline du Nord, au Maryland et enfin au Kentucky. Au début du XVIIe siècle, la France établit le premier impôt sur le tabac: ce n’est encore qu’un modeste droit d’entrée sur le territoire métropolitain, droit que Richelieu élève considérablement. Colbert, en 1674, le transforme en un privilège royal exclusif pour la fabrication, la vente et la distribution, tandis que les soldats de Louis XIV reçoivent le premier tabac de troupe. L’Autriche, la Hongrie puis la Suède en distribuent aussi peu à peu à leurs soldats. La première cigarette apparaît à cette époque, en Espagne; mais il faudra attendre le XIXe siècle pour lui trouver une importance commerciale véritable. La Russie de Pierre le Grand adopte elle aussi le tabac, malgré l’interdiction ecclésiastique.

En 1735, le botaniste suédois Linné utilise pour la première fois le terme Nicotinia . La France a affermé le privilège royal à la Compagnie des Indes occidentales: la culture du tabac est prohibée sur tout le territoire métropolitain excepté les territoires non soumis à la Ferme, Alsace, Flandres, Franche-Comté; il s’agit de sauver la Compagnie des Indes occidentales de la banqueroute et de stimuler le développement économique colonial. En 1770, le tabac importé des colonies françaises est râpé par la Ferme et, en 1785, les manufactures nationales en produisent 7 000 tonnes. En 1791, Mirabeau demande à l’Assemblée nationale un monopole total sur le commerce, la fabrication, la vente et le débit du tabac. Le 24 février 1791, l’Assemblée décrète la liberté de culture, de fabrication et de débit du tabac sur toute l’étendue du royaume.

En 1809, Nicolas Vauquelin découvre et isole la nicotine. En 1811, Napoléon crée le monopole des tabacs. Avec la Restauration, les habitudes tabagiques changent et le cigare s’impose sur le marché national. La cigarette est manufacturée à partir de 1842-1843. En 1857, Claude Bernard étudie les caractéristiques toxiques de la nicotine. En 1870, la France consomme 24 000 tonnes de tabac, dont le quart encore sous forme de tabac à priser.

Le XIXe siècle a vu la naissance de la cigarette, le XXe va voir sa prépondérance coïncider avec le développement foudroyant des cancers du poumon et autres affections tabagiques graves. En France, en 1926, le Service d’exploitation industrielle des tabacs et allumettes (S.E.I.T.A.) est créé pour gérer le monopole: son directeur, proposé par le conseil d’administration, est nommé par le ministère des Finances. Les bénéfices du service sont versés à la Caisse autonome pour l’amortissement des emprunts d’État.

En 1939, la production mondiale recensée ou occulte dépasse largement les 2 700 millions de tonnes, elle a plus que doublé en quarante ans et la production de cigarettes est passée de 10 milliards en 1923 à 19 milliards en 1940. Au cours de la Seconde Guerre mondiale, tabacs et cigarettes se font rares: la production de tabac de pipe ou de tabac de prise tombe à 8 000 tonnes, et 8 milliards de cigarettes seulement sont manufacturées. En 1982, la production mondiale de cigarettes a atteint 4 600 (milliards d’unités).

2. La production du tabac

Aperçus botaniques

Originaire des pays chauds, exemple type des plantes rudérales, mais susceptible de prospérer sous des climats très divers, le tabac se cultive depuis le 60e degré de latitude nord (Finlande et Suède) jusqu’au 40e degré de latitude sud (Australie). Sa durée de végétation relativement courte (de deux à cinq mois) lui permet de trouver sur la plus grande partie du globe une période suffisamment longue pour parvenir à maturité.

Dans la famille des Solanacées, le genre Nicotiana , groupe, entre autres, tous les tabacs cultivés. Le genre fut décrit par Tournefort pour la première fois en 1719: plante à tiges herbacées (annuelles) ou sous-ligneuses (pérennantes); feuilles isolées et entières; inflorescence complexe, cymes plus ou moins ramifiées; calice tubuleux; corolle en tube, limbe à cinq lobes; cinq étamines sur la corolle; ovaire à deux ou quatre loges entouré à la base d’un nectaire, stigmate en forme de tête aplatie; capsule à deux ou quatre valves bifides; graines très petites (de 1 200 à 400 猪 de longueur, de 700 à 300 猪 de largeur), à téguments au relief sinueux; embryon charnu.

Deux espèces, groupant un très grand nombre de variétés, nombre qui ne cesse de croître, sont cultivées pour la consommation: N. rustica et N. tabacum .

N. rustica (sous-genre rustica ) provient des plateaux arides du Pérou et se caractérise par vingt-quatre chromosomes médians ou submédians; elle proviendrait du croisement de N. pani culata et de N. ondulata . On cultive surtout N. rustica en ex-U.R.S.S. et en Pologne ainsi qu’en Italie, au Maroc et en Tunisie. Les plantes sont des herbes vigoureuses à feuilles pétiolées cordiformes. La corolle, terminée par un limbe étalé, est de couleur jaune.

N. tabacum L., du sous-genre tabacum , regroupe le plus grand nombre des variétés industriellement cultivées, auxquelles s’ajoutent sans cesse de nouveaux hybrides. On admet généralement six formes originaires: fructicosa , lancifolia , brasiliensis , virginica , havanensis et macrophylla . Cette classification, due à Comes (1899), est parfois réduite à quatre formes originales (Anastasia, 1906), virginica regroupant virginica et lancifolia de Comes, et purpurea regroupant macrophylla et fructicosa . Dans tous les cas, il s’agit là de formes idéales auxquelles on peut certes rattacher toutes les variétés cultivées, mais sans existence actuelle sous leur forme pure.

Nicotine et alcaloïdes du tabac

Parmi divers autres alcaloïdes, la nicotine confère au tabac ses caractères propres: elle est l’alcaloïde principal et représente de 0,5 à 1,4 p. 100 du poids sec. Isolée par Posselt et Reimann en 1828, sa synthèse fut réalisée en 1913 par Pictet. D’autres alcaloïdes du même groupe sont synthétisés par le tabac: on trouve ainsi la nicotéine, de la nicotimine, de la nicotelline, de la pyrolydine, de la nornicotine, de l’anabasine, de la myosine, de la N-méthyl-myosine, de la nicotyrine. Ces alcaloïdes représenteraient de 1,8 à 6 p. 100 de la teneur en alcaloïdes du tabac. Il semblerait que la nicotine, essentiellement synthétisée dans les racines de la plante, soit véhiculée par la sève jusque dans les feuilles où elle est amassée sous forme d’acides organiques et de combinaisons glucidiques. Les divers alcaloïdes du tabac subissent de nombreuses transformations au cours du séchage, de la fermentation et de la combustion. Ces transformations, encore assez mal connues, sont d’une importance majeure puisqu’elles influent grandement sur la saveur et sur la force des tabacs consommés. On sait que l’oxydation de la nicotine conduit à la formation d’acide nicotinique ainsi qu’à de nombreux autres dérivés dont l’oxynicotine (C10 H12 2 O). Mais la diminution de la teneur en nicotine du tabac au cours du séchage et de la fermentation est moins facilement expliquée, les phénomènes de volatilisation ne suffisant pas à rendre compte de l’abaissement du taux. Un processus enzymatique encore mal connu transformerait la nicotine en acide nicotinique et en dérivés pyridiques, sans que l’on puisse suivre la totalité du processus.

L’action pharmacologique de la nicotine est bien connue et l’on sait qu’elle porte surtout sur les ganglions du sympathique et du parasympathique, entraînant d’abord une excitation du nerf puis une paralysie au niveau du ganglion; c’est ainsi que sur les ganglions des nerfs splanchniques elle entraîne une forte décharge d’adrénaline. Certains alcaloïdes secondaires sont tout aussi toxiques que la nicotine: ainsi, la nornicotine dextrogyre et l’anabasine provoqueraient des effets voisins de ceux de la nicotine.

La conséquence de ces effets se retrouve dans les vertiges, nausées, vomissements que le fumeur débutant éprouve souvent. La nicotine est présente dans chaque partie de la plante, mais très inégalement répartie (de 0,2 p. 100 dans la racine à plus de 5 p. 100 dans la feuille); les feuilles restent les parties les plus riches en nicotine, quoique la teneur en alcaloïde soit extrêmement variable selon qu’il s’agit de plantes porte-graines (teneur plus faible) ou de plantes écimées. D’une façon générale et schématique, la teneur en nicotine croît avec la hauteur des feuilles sur la tige de façon assez régulière, et dans la feuille elle-même de la base vers le sommet et de la côte vers les bords. Cette teneur est essentiellement fonction de la variété envisagée: il y a des tabacs riches en nicotine. Le climat et la densité des plants jouent aussi un rôle prépondérant à cet égard, mais c’est au niveau du séchage et de la fermentation que se décide de façon décisive la teneur définitive du tabac commercialisé.

Étapes de la production

Culture

Le tabac cultivé compte un grand nombre de variétés, très différentes les unes des autres par le goût, l’arôme, la combustibilité, la structure ou l’aspect. Ces variations déterminent des «crus» que l’on sélectionne et que l’on mélange de façon à obtenir pour un usage déterminé un produit homogène et constant.

La graine de tabac a besoin d’humidité: elle s’imbibe d’eau et gonfle jusqu’à un seuil de saturation à partir duquel des échanges compliqués s’établissent avec le milieu environnant. La germination nécessite un temps doux plutôt chaud, l’optimum s’établissant entre 25 et 300 C. Par la suite, de la germination à la floraison, deux périodes principales se détachent: pendant la première période, l’accroissement du système foliaire va de pair avec l’allongement de la plante; pendant la seconde période, le phénomène d’allongement s’accentue avec la montée des fleurs. La plupart des tabacs sont annuels et fleurissent chaque année, excepté certaines espèces qui doivent attendre la deuxième année pour présenter une floraison normale.

Le développement harmonieux de la plante nécessite des sols légers, argilo-siliceux ou argilo-calcaires; le rôle joué par le type de sol semble dû surtout à ses qualités mécaniques et à la dimension des particules: les terres légères, bien aérées, susceptibles de laisser l’eau circuler facilement sans retenue excessive, permettent un bon développement de la plante, la formation de feuilles larges, fines, souples et élastiques. Les matières organiques et l’humus sont d’un apport précieux, en rendant plus compactes les terres trop légères et plus meubles les terres trop lourdes, en augmentant la capacité de rétention de l’eau dans tous les cas.

Le tabac est une plante exigeante, et ses besoins journaliers en éléments fertilisants sont d’autant plus importants que sa période de végétation est très courte. Les principales matières fertilisantes absorbées sont l’azote, l’acide phosphorique, la potasse et la chaux. Mais le tabac n’épuise pas véritablement le sol puisqu’une grande partie des éléments absorbés servent à la formation des racines, tiges, feuilles d’épamprement qui retournent normalement au sol.

L’avidité relative de la plante impose fréquemment un assolement, qui peut êre biennal ou triennal, avec le blé d’hiver et la betterave fourragère; elle impose aussi l’emploi d’engrais qui doivent cependant être utilisés avec soin et prudence: l’excès comme le défaut d’éléments tels que chaux, potasse, phosphates, corps nitrés peuvent avoir de graves inconvénients pour la quantité et pour la qualité de la production.

L’époque de plantation joue un rôle souvent déterminant: on sème le tabac de façon à pouvoir le repiquer dans de bonnes conditions; c’est donc la date de transplantation qui détermine la date d’établissement des semis. Ceux-ci sont réalisés entre le 19 mars et le 7 avril en France, souvent plus tôt aux États-Unis (fin janvier en Floride), tandis qu’à Cuba on sème en octobre pour pouvoir cultiver pendant la saison sèche (de novembre à avril). Les semis restent généralement couverts sous toile jusqu’à la levée du douzième jour et les plants ne seront repiqués en pleine terre que deux mois plus tard environ. Ils portent à ce moment de six à huit feuilles et leur taille varie de 8 à 13 cm. Les champs de culture sont préparés, fumés, et l’emplacement des plants déterminé de façon rigoureuse; la compacité d’une plantation influe en effet fortement sur la teneur en nicotine des feuilles: celle-ci augmente à faible compacité et diminue si les plants sont serrés. Pendant toute la durée de la culture, la plantation est soigneusement protégée contre les attaques microbiennes ou virales: passage au D.D.T., aux antibiotiques, sarclage, terreautage sont répétés fréquemment pour éviter les maladies (mosaïque, frisolée, mildiou, black fire, tobacco wildfire ). Au début de juillet intervient l’épamprement (supression des basses feuilles), puis l’écimage et enfin l’ébourgeonnement; certains pieds, en raison de leur qualité, sont réservés comme porte-graines.

Récolte et séchage

La récolte pose des problèmes délicats, les feuilles de chaque plante ne parvenant pas toutes à maturité à la même époque. Suivant les cas et selon la destination de la feuille, on devance légèrement la maturité (feuilles de cape de Java) ou on la prolonge (tabac corsé). En France, la récolte se fait feuille à feuille, de la base vers le sommet, le plus souvent en trois temps. D’une façon générale, les tabacs corsés sont récoltés très mûrs, les tabacs légers un peu avant maturité, les tabacs d’Orient et de Virginie à maturité avancée, les tabacs de cape de cigare avant maturité. Après la récolte, les feuilles, soigneusement triées, sont suspendues dans des séchoirs: la dessiccation commence. Elle se décompose en deux phases principales pendant lesquelles on observe le jaunissement de la feuille, puis la dessiccation proprement dite par évaporation. La première phase, pendant laquelle la feuille meurt peu à peu, comporte la transformation de l’amidon en sucres et la décomposition des protéines et des pigments; une perte importante de matière sèche a lieu à ce moment. La dessiccation proprement dite commence alors: brusque, elle permet d’obtenir des tabacs peu foncés (type virginie bright ); lente, elle permet le brunissement complet de la feuille. Le séchage peut s’opérer de quatre façons différentes parfois alternées: séchage à l’air libre et au soleil (sun curing ), en séchoir (air curing ), à feu direct (fire curing ), à feu indirect, à l’air chaud (flue curing ). On notera que les tabacs «blonds» sont généralement séchés en séchoir.

On dépend alors les feuilles pour les livrer à un long triage (par qualités) d’où ressortent des manoques, liasses de vingt-cinq feuilles environ, qui sont soumises à fermentation.

La fermentation

Après le séchage, le tabac reste sans goût et trop peu sec pour pouvoir se conserver longuement. La fermentation va s’opérer sur des masses de fermentation assez importantes dont la température centrale s’élève peu à peu et atteint parfois 60 0C. On peut aussi poursuivre une fermentation modérée (tabacs d’Orient) ou une fermentation très lente (virginie flue cured ).

Dans tous les cas, la fermentation entraîne une diminution des taux de nicotine (généralement de 15 à 30 p. 100), d’acide azotique et des sucres et l’apparition d’acides gras et d’alcools-esters qui confèrent au tabac ses facteurs aromatiques. Plusieurs théories ont été proposées pour expliquer les modifications chimiques dues à la fermentation: oxydation simple des composés de la feuille (Nessler; Boekhont et de Vries 1909); action d’agents microbiens spécifiques pour chaque qualité de tabac (Suchsland, 1891); ou catalyse, en présence de l’oxygène aérien, de diastases oxydantes. Aucune de ces hypothèses ne semble suffire isolément à expliquer les processus de fermentation. Il semble plus probable que la conjonction de ces trois actions s’opère généralement au cours de celle-ci. La fermentation reste une opération relativement lente, qui suppose une constante surveillance (élévation des températures centrales et périphériques des masses) et nécessite une main-d’œuvre importante (retournements des masses et aération).

Le stade industriel

Un grand nombre d’opérations va transformer le tabac pressé et emballé en scaferlati (tabac haché). Il faut composer les mélanges à hacher (jusqu’à trente espèces différentes, plus de dix pour les gauloises françaises), écabocher les pétioles, époularder, mouiller, mettre au repos, écoter (supprimer la nervure principale), capser, c’est-à-dire présenter les feuilles au hachoir selon une orientation correcte.

Après le hachage, le tabac trop humide et dépourvu de goût doit être torréfié, puis subir un refroidissement destiné à diminuer le goût du four. Il est alors définitivement empaqueté pour être expédié à l’usine où il sera transformé en cigarettes ou en cigares.

Certains tabacs blonds sont trop fragiles pour subir un brusque mouillage et la torréfaction consécutive: l’humidification se fait alors en laissant séjourner le tabac en atmosphère humide, ou encore par pulvérisation. Le plus souvent, on procède à deux opérations supplémentaires: le sauçage , destiné à aromatiser les feuilles par adjonction du «casing», qui comporte de la glycérine, de la réglisse, du sucre de raisin ou d’érable, et le flavoring , qui ajoute un parfum spécial dû à une sauce de rhum et d’essences variées: orange, anéthol, pêche, cacao...

3. Aspects socio-économiques de la consommation

De la plantation à l’emballage, la production du tabac pose un nombre considérable de problèmes, que ce soit au planteur, à l’industriel ou au magasinier. La culture extrêmement soigneuse et contrôlée et les transformations délicates et complexes de la dessiccation et de la fermentation nécessitent une main-d’œuvre aussi abondante que qualifiée. En France, environ 30 000 personnes consacrent leurs soins au tabac et lui doivent leur travail et, dans le monde, plus de 60 millions de personnes en tirent fortune, profit ou subsistance. Vers 1960, la production mondiale était de 3,7 millions de tonnes, elle atteignait 5,8 millions en 1983 et 8,5 millions en 1993, malgré un certain recul dans les pays anglo-saxons.

Les quatre cinquièmes du tabac produit dans le monde sont consommés dans les pays producteurs. Parmi les pays exportateurs, on citera les États-Unis (250 000 t), le Brésil (240 000), le Zimbabwe (181 000), le Malawi (118 000), la Grèce (117 000), l’Italie et la Turquie (100 000), la Chine (80 000), l’Inde (67 000), la Thaïlande (53 000), l’Argentine (39 000), le Canada (34 000), la Bulgarie et l’Allemagne (25 000).

Il faut noter que la plupart des pays producteurs se trouvent dans l’obligation d’importer des quantités non négligeables de tabacs de certains types qu’ils ne peuvent produire eux-mêmes mais qu’il leur est nécessaire d’associer à leur propre production. Ainsi presque tous les pays sont-ils intéressés par le commerce des tabacs soit comme importateurs, soit comme exportateurs: certains pays le mettent au premier rang de leurs exportations (50 p. 100 des exportations pour la Grèce, 43 p. 100 pour la Bulgarie, 35 p. 100 pour la Turquie). Quelques marchés sont réputés dans le monde entier, tels ceux de Rotterdam et d’Amsterdam pour les feuilles de cape et de sous-cape en provenance d’Indonésie.

Aux États-Unis, l’industrie du tabac occupe plus de 550 000 travailleurs, sa culture concerne plus de 3 millions de personnes, son commerce plus de 1 350 000. En France, il faut ajouter aux quelque 20 000 planteurs plus de 8 000 ouvriers et ingénieurs (techniciens), et 42 000 débitants qui répartissent les produits fabriqués. En outre, l’industrie des allumettes dépendant de la S.E.I.T.A., qui traite plus de 20 000 m3 de bois par an, occupe plusieurs centaines d’ouvriers.

Importance économique et budgétaire

La dépense mondiale pour le tabac est importante et sans cesse accrue. Aux États-Unis, en 1960, le total des ventes dépassait 5 milliards de dollars, dont 2,1 milliards d’impôts et plus de 500 millions de dollars de taxes locales (soit plus de 50 p. 100 d’impôts ou de taxes). Le budget publicitaire dépassait les 100 millions de dollars. D’une façon plus générale, on peut estimer que les États prélèvent de 50 à 89 p. 100 des recettes dues à la vente du tabac et que ces taxes assurent de 5 à 17 p. 100 de leur budget.

En France, la dépense annuelle du pays en produits tabagiques passe de 3,66 milliards de francs en 1960 à 26 milliards environ en 1982, alors que dans le même temps le pourcentage des taxes prélevées par l’État passe d’environ 55 à 74 p. 100. Le tabac apporte de manière indirecte au Trésor quelque 20 milliards de francs, quand les droits de succession n’en rapportent que 2,5 milliards et le pari mutuel urbain (P.M.U.) 910 millions. Il faut cependant noter que le pourcentage des achats des ménages en boissons et tabacs diminue peu à peu par rapport à la masse globale des achats de consommation (11,3 p. 100 en 1960, 7,8 p. 100 en 1972). Tout semble donc indiquer que, dans un pays où le tabac représente une part si importante des recettes de l’État, l’action de celui-ci visant à en limiter les méfaits ne se traduit guère que par une augmentation relative des taxes de consommation.

De nos jours, la plus grande part du tabac commercialisé l’est sous forme de cigarettes toutes préparées: 88 p. 100 en Finlande, 90 au Royaume-Uni, 96 au Japon, 91 en France, 72 au Danemark, 85 en Allemagne. En 1965, la vente mondiale atteignait presque 3 000 milliards de cigarettes correspondant à 71 p. 100 de la production de tabac haché. Il faut relever cependant que le taux de consommation n’est pas parfaitement uniforme sur toute la surface du globe: ainsi, les pays latins ou méridionaux présentent un taux de consommation légèrement inférieur à la moyenne; en France même, on pouvait observer un décalage sensible de la proportion des fumeurs, dans la population masculine, du Nord (79 p. 100) au Midi (65 p. 100). Le record de consommation annuelle appartenait aux États-Unis: on comptait, pour un sujet âgé de plus de quinze ans, 3 908 cigarettes en 1956, 4 003 en 1962 et 4 015 en 1965. La consommation de cigarettes dans les pays occidentaux est en régression, mais l’industrie du tabac s’implante dans l’Est de l’Europe.

À l’augmentation constante de la consommation de cigarettes s’oppose la stagnation de la consommation du tabac en paquets; celle-ci paraît correspondre à la régression des fumeurs de pipe et des fumeurs qui roulent leur cigarette. En 1937, 66 p. 100 du tabac consommé en France était vendu en paquet; en 1953, la proportion était tombée à 32 p. 100, en 1960 à 28 p. 100, à 7 p. 100 en 1983.

Le cigare, consommé principalement en Allemagne fédérale, aux Pays-Bas et surtout au Danemark, recule très régulièrement sur le marché du tabac depuis le début du siècle. Alors qu’en 1900 la consommation annuelle moyenne par habitant était en France de 20 cigares, elle n’était plus que de 4 en 1935 et à peine de 1 en 1960. Une légère reprise de la consommation cigarière semble s’être amorcée depuis 1965 spécialement aux États-Unis, avec une place plus importante faite au cigarillo.

Les modalités du produit

Le tabac froid ne vaut d’être mentionné que du point de vue historique; il n’intéresse plus un très faible nombre d’amateurs; sa production était de 15 000 tonnes en 1870, de 11 000 tonnes en 1913, de 6 200 tonnes en 1930 et de 800 tonnes en 1963. On ne peut oublier cependant que la prise fut longtemps le moyen tabagique élégant, depuis Catherine de Médicis jusqu’à Napoléon Ier qui reniflait ses cinq ou six blagues dans les jours d’énervement. La chique, au contraire, resta toujours l’utilisation la plus populaire de l’«herbe à Nicot» et on ne saurait en sous-estimer l’importance: nombre de marins et de pêcheurs lui sont restés fidèles et sa consommation demeure estimable le long des côtes de la mer du Nord; la France en produisait encore près de 68 tonnes en 1983.

Le tabac en paquet est de nos jours brûlé dans une pipe; rares sont ceux qui prennent encore le temps de rouler leur cigarette avec une savante lenteur. La pipe, elle, a gardé la valeur affective qu’a perdue la cigarette devenue industrielle. Son rôle, sans croître ni décroître véritablement, semble diminuer peu à peu. Pourtant, elle est l’instrument le plus adéquat à une consommation plaisante et mesurée du tabac. Le plus souvent, le fumeur de pipe est un fumeur moyen et très rares sont ceux qui consomment chaque jour leur paquet de tabac d’un poids moyen de 40 g (équivalant au poids de 40 cigarettes). Parmi ces fumeurs, 30 p. 100 en consomment de 10 à 20 grammes, et plus de 60 p. 100 moins de 10 grammes (équivalant en poids à moins de 10 cigarettes). De plus, moins de 10 p. 100 des fumeurs de pipe inhalent leur fumée, s’exposant ainsi bien moins aux atteintes pulmonaires, comme on le verra, que les fumeurs de cigarette. Mais la pipe demande plus de temps, de soin, d’attention que la cigarette; elle suppose qu’on l’entretienne, sous peine de la voir devenir sale et nauséabonde. Enfin, la fumée qu’elle dégage, du fait de la température de combustion plus basse, est plus irritante et moins facilement inhalable que celle d’une cigarette. Autant de raisons qui, semble-t-il, peuvent expliquer la stagnation relative de ce mode de consommation tabagique.

Au contraire, le cigare paraît retrouver depuis une dizaine d’années une vogue nouvelle. Aux États-Unis, on avait vendu 7 milliards de gros cigares en 1910, seulement 4 milliards en 1930, mais plus de 10 milliards en 1965. Ce renouveau d’intérêt est sans doute explicable par les attaques répétées dont la cigarette est l’objet de la part du corps médical. On peut établir un profil assez précis du fumeur de cigare (enquête du S.E.I.T.A., 1960): il a entre quarante et soixante ans et est industriel, gros commerçant ou membre d’une profession libérale, plus rarement cadre supérieur. Généralement, il ne fume le cigare qu’en des circonstances précises, voire rituelles: le dimanche, les jours de congé, le plus souvent après le repas.

La cigarette est un objet plus récent; apparue au milieu du siècle dernier, elle est longtemps méprisée: les adversaires politiques de Napoléon III l’appellent avec dédain l’« homme à la cigarette». Mais très vite son usage remplace les autres mœurs tabagiques: en 1860, on n’en compte encore que 7 millions, et 17 millions en 1870; mais le milliard est dépassé en 1893, les 10 milliards en 1924, et l’on en produit presque 20 milliards à la veille de la Seconde Guerre mondiale. En 1983, la production atteignait 62 milliards. Les États-Unis en produisent 40 milliards en 1910, 100 milliards en 1930, 200 milliards en 1940, 300 milliards en 1950, 500 milliards en 1965.

Cet extraordinaire développement de la consommation des cigarettes est l’élément central de la question que se posent aujourd’hui médecins et gouvernants au sujet du tabac. Plus que l’augmentation énorme de la quantité globale de tabac absorbé par chaque individu, la nature même de ce mode de consommation tabagique conduit désormais à la réprobation, voire à la condamnation d’une manie, bénigne jusqu’au début du siècle. En effet, la cigarette se consume en développant à l’intérieur du cône d’ignition une chaleur nettement supérieure à celle à laquelle s’élève une pipe ou un cigare; or, à forte température, la pyrolyse du tabac engendre une polymérisation responsable de l’apparition de certains hydrocarbures polycycliques dont le fort pouvoir cancérigène est connu. L’inhalation de ces éléments constitue le risque majeur de l’inhalation de la fumée du tabac.

Pourtant la menace, aussi connue soit-elle, ne saurait être pleinement reconnue si les causes d’extension de cette manie n’étaient elles-mêmes recensées et correctement analysées. On se heurte ici à un mur de confusion, de vague et d’imprécision.

4. Une toxicomanie sociale

Une enquête réalisée en 1976 par la Sofres, auprès de 6 000 personnes âgées de plus de quinze ans, a montré que les fumeurs représentent 47 p. 100 de la population (62 p. 100 d’hommes, 33 p. 100 de femmes). La consommation semble varier selon l’occupation et l’âge; elle est moins liée aux revenus et à la formation culturelle. Le développement du tabagisme féminin demeure en tout cas le phénomène le plus important de ces cinquante dernières années.

Les risques que prend, à défaut de les assumer, le grand fumeur sont trop certains pour qu’on les sous-estime; deux caractères sont à retenir cependant en ce qui les concerne et avant de les étudier plus précisément: d’une part, ils portent sur un avenir généralement éloigné de l’âge où commence l’habitude; d’autre part, ils s’expriment le plus souvent en terme de réduction de l’espérance de vie. On verra que ces deux caractères expliquent les difficultés qu’éprouve le médecin à dissuader son patient de conserver une habitude devenue pour lui déjà menaçante. Il suffit de retenir pour l’instant que la menace lointaine d’accidents cardio-vasculaires ou cancéreux ne semble pas suffire à dissuader de devenir fumeur, et peut-être grand fumeur, quiconque y a de l’inclination.

Plaisirs et illusions de la fumerie

On a vu quels étaient les effets de la nicotine sur le système nerveux central [cf. NICOTINE] et trop rares sont les véritables intoxications nicotiniques chez le fumeur pour qu’on s’y attarde. Par contre, il faut noter que l’action excitante puis calmante correspondant aux deux effets successifs de l’absorption nicotinique est parfaitement perçue par le fumeur qui la recherche consciemment. On voit ainsi le grand fumeur s’empresser dès le matin d’atteindre au plus vite le degré de saturation en nicotine qui lui procure une sensation spécifique de bien-être.

La réalité de cette addiction pharmacologique a été prouvée par une expérimentation sur l’homme: on injecte par voie sous-cutanée de la nicotine à des sujets dont certains sont fumeurs et d’autres non. Ces injections produisent des effets très semblables à ceux qu’engendre une première expérience du tabac, mais les fumeurs peuvent tolérer des doses bien plus importantes que les non-fumeurs. Après quatre-vingts injections à la dose d’un cinquantième de grain, l’injection était préférée à la cigarette. La réalité de l’addiction pharmacologique se trouve ainsi démontrée. Une autre expérimentation a montré que, si l’on fournissait à des fumeurs, à leur insu, des cigarettes de moindre teneur en nicotine, leur consommation s’élevait en proportion inverse de l’abaissement du taux de nicotine.

Par ailleurs, qu’il s’agisse de fumeurs de pipe ou de fumeurs de cigarettes, la fumée provoque incontestablement un choc: la fumée chaude agit immédiatement sur les thermo-récepteurs en même temps qu’elle affecte les terminaisons gustatives. À ce moment, les néophytes éprouvent les premiers effets secondaires (frissons, sueurs, début de nausée). Il faut ajouter un effet physico-chimique d’irritation souvent apprécié pour lui-même. De plus, il est probable que certaines substances chimiques pénètrent dans le sang au stade endo-buccal et qu’ainsi s’ajoute une relative action centrale.

À ces effets physico-chimiques on doit ajouter les aspects psychologiques qui transforment l’habitude tabagique en assuétude tabagique. Fumer est un acte social autant que manger ou boire; en tant qu’objet social, le tabac, surtout sous la forme de cigarette, est susceptible d’être donné ou échangé. Il apparaît clairement que la cigarette est l’objet le plus facile à consommer rapidement en compagnie de quelqu’un avec qui un échange, de quelque nature qu’il puisse être, peut s’effectuer . Deux remarques aideront à préciser l’importance fondamentale de cette observation: en premier lieu, on sait que du banquet sacrificiel au banquet commercial les actes sociaux importants sont habituellement liés à des rituels de consommation; en second lieu, on n’oubliera pas que le tabac reste (même inconsciemment) un luxe (aucun fumeur ne prétend qu’il est nécessaire à l’existence), et qu’ainsi ce qui se trouve offert ou échangé demeure symboliquement un objet valorisant, tant pour celui qui l’offre que pour celui qui le reçoit.

Cet aspect ne saurait cependant rendre compte de l’importance personnelle que chacun peut attribuer au fait de fumer; une composante narcissique s’y ajoute, telle que chacun oppose en termes psychologiques le fumeur de pipe au fumeur de cigarettes, et le fumeur de tabac blond au fumeur de tabac brun. C’est dire que l’acte de fumer est une manière d’identification extraordinairement puissante, quoique souvent inconsciente, et ce d’autant plus que la première cigarette correspond le plus souvent chez l’adolescent à un désir de reconnaissance adressé à ses camarades ou à ses parents.

On comprendra mieux, à la lumière de ces remarques, ce que de nombreux auteurs appellent la «composante orale» du tabagisme. Cette composante résulte de deux aspects complémentaires: d’une part, fumer suscite une activité buccale extrêmement importante; d’autre part, fumer c’est consommer, absorber. Le parallèle entre fumer et se nourrir apparaît clairement et l’on sait que fumer coupe l’appétit (par l’action de la nicotine au niveau hypothalamique, inhibant les contractions gastriques et réduisant les sécrétions). Le besoin de fumer semble bien répondre par là à un sentiment de vide, d’incomplétude, de manque que la succion et les fantasmes qui peuvent inconsciemment l’accompagner viendraient combler. Sans faire de cette interprétation un élément essentiel de l’analyse psychologique du tabagisme, on remarquera qu’elle explique parfaitement les étonnantes prises de poids qu’on enregistre normalement lors du sevrage des fumeurs, et que l’arrêt des inhibitions gastro-intestinales ne pourrait expliquer. Il y aurait ainsi une étiologie boulimique sous-jacente à de nombreux cas de tabagisme.

Une toxicomanie mineure

On a vu que la recherche d’une certaine saturation nicotinique était la principale motivation consciente du fumeur, et qu’elle était ainsi la marque d’une réelle assuétude pharmacologique. Les expériences que l’on a citées indiquent aussi que les fumeurs tolèrent des doses de nicotine très supérieures (deux à trois fois) à celles qui sont tolérées par le non-fumeur. Ces deux caractères, l’assuétude et l’accoutumance , rapprochent beaucoup le tabagisme des toxicomanies classiques. Pourtant, un caractère les distingue: il n’y a pas, lors du sevrage des grands fumeurs, de trace d’un réel syndrome d’abstinence. De sorte que, bien qu’elle comporte les deux caractères essentiels d’une manie, et bien qu’elle concerne un produit évidemment toxique, l’habitude de fumer n’est pas ordinairement classée parmi les toxicomanies.

On se permettra, avant d’étudier les risques graves que comporte l’absorption régulière de la fumée du tabac, de douter de la validité de la distinction précédente. Car, s’il est vrai qu’aucune dépendance physiologique n’a été encore relevée au cours de sevrages, on sait bien à quel point la dépendance psychologique paralyse souvent les tentatives de désintoxication. On se souviendra aussi qu’aucune dépendance physiologique claire n’a été relevée au cours des sevrages des habitués du haschich ou de la marijuana, que la nomenclature de l’O.M.S. classe pourtant parmi les toxicomanes. On se demande alors si la distinction retenue n’est pas due simplement à l’importance économique et budgétaire de la production du tabac et à la prégnance de nombreux interdits et tabous sociaux.

5. Les dangers du tabagisme

La fumée d’une cigarette est composée d’un mélange hétérogène d’une phase «gazeuse», formée de gaz permanents et de vapeurs non condensées, et d’une phase particulaire constituée par un aérosol dont les particules ont de 0,1 à 0,8 猪. Pour étudier les constituants de ces deux phases, les différents centres d’analyse ont été amenés à utiliser des «machines à fumer» dont les conditions d’aspiration ont été normalisées d’après les moyennes statistiques recensées chez les fumeurs. La machine brûle une gauloise en sept à huit bouffées et recueille ainsi 250 ml de fumée. On sépare les deux phases par l’utilisation d’un filtre ou de l’azote liquide à basse température.

La combustion est une pyrolyse qui modifie complètement la nature des éléments du tabac. On relève dans chacune des phases plus de cinq cents composés différents. De plus, la température de combustion entraîne la distillation de certains composants, telle la nicotine. Si la composition qualitative varie d’un tabac à l’autre, elle varie aussi de façon importante entre le début et la fin de la combustion: ainsi, la concentration d’oxyde de carbone et d’acétaldéhyde double entre la première et la dernière bouffée; la concentration en nicotine peut parfois quintupler.

On ne retiendra que quatre groupes de substances qui, dans l’état actuel des connaissances, sont incriminés dans l’étiologie des maladies à l’usage du tabac: la nicotine et ses dérivés; l’oxyde de carbone; les substances irritantes de la phase «gazeuse» (aldéhydes) et de la phase particulaire (phénols); les «goudrons», substances cancérigènes (hydrocarbures polycycliques) ou cocancérigènes (phénols et esters).

La nicotine

On connaît la double action stimulante (à dose faible) et paralysante (à dose élevée) de la nicotine. On a cru longtemps que celle-ci n’avait qu’une action très limitée sur le cerveau. Mais on retrouve dans le diencéphale de fortes quantités de nicotine (marquée au carbone 14) injectée par voie intraveineuse (Appelgren, Hansonn et Schmiterlow, 1962). De plus, on a observé des effets importants de la nicotine sur l’acquisition des conditionnements et sur le seuil de vigilance chez l’animal et l’homme.

Les effets cardio-vasculaires sont cependant les plus graves: une augmentation très nette du rythme cardiaque apparaît, accompagnée d’une augmentation de la pression artérielle systolique et de la pression diastolique. On enregistre en même temps une chute de la température cutanée qui marque une baisse de circulation périphérique.

À ces effets biologiques correspondent des effets pathologiques: on a montré tout d’abord que l’absorption régulière et prolongée (sans interruption pendant plus de quinze ans) d’un demi-paquet de cigarettes par jour diminue l’espérance de vie de deux ans et demi par rapport à la moyenne, et qu’un paquet quotidien la réduit de cinq ans.

D’autre part, une enquête portant sur 36 000 sujets a montré que de quarante à cinquante-neuf ans le taux de mortalité par maladie coronarienne était trois fois plus important chez les fumeurs que chez les non-fumeurs. Enfin, des statistiques dues à D. Schwartz, G. Anguerra et J. Lenègre (1961) montrent assez clairement la toxicité particulière de la fumée inhalée. Il est clair que le tabac accroît le travail cardiaque, effet compensé chez le sujet sain par une dilatation coronarienne; chez le sujet atteint d’une insuffisance coronarienne, l’augmentation du flux sanguin étant impossible, il y a augmentation supplémentaire du taux d’oxycarbonémie. Enfin, on a pu montrer une liaison significative entre l’absorption de nicotine et la formation des thromboses: la nicotine semble augmenter l’adhésivité des plaquettes et leur adhérence à l’endothélium vasculaire, d’où résultent une augmentation de la rapidité de coagulation (due aussi à la libération de catécholamines) et une diminution de la survie plaquettaire.

Oxyde de carbone et oxycarbonémie

Les concentrations d’oxyde de carbone de la fumée du tabac sont importantes (de 3 à 4 p. 100 dans la fumée de cigarette, 6 p. 100 dans la fumée du cigare, 2 p. 100 dans celle de le pipe). Une telle concentration dans l’atmosphère serait rapidement mortelle, mais l’oxyde de carbone parvient dans les voies respiratoires inférieures très dilué, et, de plus, la fréquence d’inhalation d’un fumeur moyen est rarement supérieure à une inhalation pour huit aspirations. L’absorption reste donc modérée: de 15 à 20 ml par cigarette. Comme l’absorption de l’oxyde de carbone par les voies respiratoires supérieures est très faible, les fumeurs présentent un taux d’oxycarbonémie à peine différent de celui des non-fumeurs. Par contre, un fumeur inhaleur peut présenter un taux de carboxyhémoglobine de plus de 14 p. 100: la quantité d’hémoglobine susceptible d’assurer le transfert d’oxygène étant réduite de façon importante, tout se passe alors comme si le fumeur vivait à plus de 2 000 mètres.

Associé à la nicotine, l’oxyde de carbone peut ainsi entraîner une hypoxémie extrêmement dangereuse pour les coronariens.

Les irritants

La présence d’irritants dans la fumée du tabac est trop évidente pour quiconque a fumé un jour ou l’autre: les muqueuses des grands fumeurs sont hypertrophiées et tapissées de sécrétions. Ces altérations peuvent s’étendre au larynx et aux bronches lorsque le sujet inhale la fumée. La bronchite chronique est alors fréquente.

En fait, les substances irritantes (phénols, acides organiques, oxydes d’azote, etc.) ont un effet spécifique: elles provoquent l’arrêt de l’activité ciliaire du tractus respiratoire, normalement chargée du «ramonage» trachéo-bronchique et de l’évacuation tant des agents microbiens que des particules cancérigènes de la fumé du tabac. L’acroléine et l’éthanal sont les deux aldéhydes principaux responsables de cette activité ciliostatique. Par ailleurs, plusieurs chercheurs dont Kourilsky, Brille et Hatte ont montré que chez le fumeur le débit expiratoire est ralenti du fait d’une augmentation croissante des résistances dynamiques pulmonaires; en fait l’augmentation de ces résistances semble due à deux mécanismes associés: d’une part, l’irritation des récepteurs des voies aériennes supérieures entraînerait une constriction réflexe; d’autre part, on peut supposer un effet indirect des produits irritants sur la musculature lisse bronchiolaire (Saindelle et Flavian). On peut aussi rendre compte d’une certaine bronchoconstriction et des résistances pulmonaires relevées.

Il faut retenir aussi les risques d’atteintes lésionnelles, comme la bronchite chronique, qui s’installe au bout d’un certain temps avec les troubles ventilatoires qui l’accompagnent et les altérations histologiques qui en découlent. Parfois de nouvelles complications apparaissent comme l’emphysème, complication fréquente de la bronchite pulmonaire.

Les substances cancérigènes

Il est maintenant établi qu’une relation causale lie le tabac et le cancer des voies aérodigestives supérieures. Les études faites depuis une quarantaine d’années sur l’étiologie des cancers broncho-pulmonaires ont très clairement révélé le rôle spécifique de l’inhalation de la fumée. Pourtant, des incertitudes demeurent, dues en particulier aux échecs répétés des tentatives de cancérisation expérimentale des voies broncho-pulmonaires soit par inhalation répétée, soit par injection sous-cutanée de condensat.

Certes, la nature même des composés cancérigènes reste encore incertaine; les très faibles quantités de benzo 3-4 pyrène, de nickel, de polonium 210 ou de nitro-samines dans la fumée inhalée ne permettent pas de rendre compte de la cancérisation, aussi lente soit-elle. Cependant, le fort pouvoir cancérigène des «goudrons» apparaît nettement par badigeonnage de la peau d’un rongeur; pour résoudre cette curieuse opposition, on a émis l’hypothèse d’une cancérisation en deux étapes: la première étape, dite initiatrice, serait marquée par la cancérisation de la cellule saine et serait suivie d’une seconde phase au cours de laquelle la substance cancérigène serait associée à d’autres substances, dites cocancérigènes, dans le développement de la tumeur. Il y aurait ainsi non seulement augmentation de la quantité de corps cancérigènes, mais association de substances fortement cocancérigènes telles que certains phénols, des acides gras et des esters d’acides gras. D’autres recherches ont permis de préciser l’activité de l’acroléine, déjà connue comme responsable de l’inhibition de l’activité ciliaire et nocive par conséquent sur l’épithélium bronchique.

Un immobilisme intéressé

Il conviendrait de considérer comme importants les problèmes de prévention et de soins. Or on voudrait montrer que ces problèmes ont bien du mal à recevoir, du moins en France, une réponse pleinement satisfaisante.

Il a fallu, en France, attendre l’année 1971 pour qu’une déclaration officielle de la direction de la S.E.I.T.A. affirme pour la première fois que l’activité du service n’aurait plus pour fin primordiale l’augmentation de la consommation globale du tabac. On voit à quel point la prévention était active! Cela résulte de la situation de monopole exercée par l’État français dans ce domaine et du poids des taxes sur le paquet de tabac courant (87 p. 100 en 1972). L’affluence d’argent frais dans le trésor public a incité les autorités à la prudence, d’autant que les dépenses provoquées par les affections découlant de cette toxicomanie ne dépendent pas des mêmes caisses que celles qui reçoivent le montant des taxes tabagiques et ne figurent pas dans les mêmes systèmes comptables.

Il ne faut cependant pas se cacher les difficultés réelles de la prévention et de la thérapie: aux États-Unis, sur un échantillon de 4 millions d’habitants, Schwartz et Dubitzky n’ont trouvé que cent trente-cinq personnes ayant accepté de prendre contact avec une clinique antitabac, parmi lesquelles cent onze acceptent d’assister à une conférence, et trente-sept seulement prennent la décision de participer au cycle thérapeutique. En fin d’essai, vingt-quatre seulement avaient suivi le cycle complet. Ces résultats rendent bien compte des difficultés rencontrées. Aucune médication ne permet à l’heure actuelle, et sans autre traitement, d’assurer une désintoxication complète. La psychothérapie de groupe donne des résultats légèrement supérieurs; seul l’entretien psychothérapique individuel semble susceptible d’une certaine efficacité, et seulement dans 30 p. 100 des cas.

La prévention a pris pour sa part trois aspects successifs. L’apparition du «bout filtre» fut le premier, aussi inefficace que trompeur: le «filtre», qu’il soit mécanique ou chimique, ne retient pas plus qu’un mégot moyen la nicotine et les goudrons. De plus, le public, tranquillisé par les campagnes publicitaires trompeuses et se croyant efficacement protégé, augmente sa consommation globale.

La dénicotinisation du tabac, tentée depuis un certain temps, se heurte à des difficultés considérables: d’une part, il est pratiquement impossible d’abaisser sensiblement les taux de nicotine sans dénaturer le goût du tabac; d’autre part, les effets de la nicotine sont recherchés pour eux-mêmes par nombre de fumeurs. Enfin et surtout, la nicotine n’est pas l’élément le plus nocif du tabac, et l’on ne sait comment abaisser la teneur en goudrons de la fumée.

En fait, la seule prévention efficace devrait porter sur la jeunesse: il est, comme on l’a vu, quasi impossible d’empêcher un fumeur de se livrer à sa manie; par contre, on peut éviter de susciter l’envie de fumer chez les jeunes. Les campagnes antialcooliques employées à une fin similaire ont donné des résultats très satisfaisants à l’étranger et même en France. Contre le tabac, les États-Unis, l’Angleterre, l’Italie ont déjà développé fortement ce type d’action; la France n’y est pas suffisamment disposée.

Pourtant, depuis 1976 et 1991, l’attitude des pouvoirs publics français a changé: l’évidence des méfaits du tabac, notamment chez les «fumeurs passifs» victimes de la tabagie ambiante (voire maternelle dans le cas des fœtus) a débouché sur une réglementation (ainsi loi Veil de juillet 1976 puis loi Évin de janvier 1991) assez symbolique il est vrai de l’usage du tabac dans les lieux publics.

On peut raisonnablement espérer que cette action raisonnable et efficace pourra être poursuivie. Si l’État privatise la S.E.I.T.A. (1994), il ne renoncera pas vraiment aux revenus du tabac, mais il peut cependant instruire le fumeur en lui montrant les avantages de certains modes de fumerie et les dangers de certains autres. Enfin et surtout, l’interdiction de la publicité en faveur du tabac devrait permette une réforme des mœurs tabagiques. Il s’agit moins de dégoûter le public d’un plaisir qui n’est pas nécessairement illusoire que de lui montrer que ce plaisir, en devenant un besoin, se détruit lui-même. La question du tabac ne se poserait plus si l’on fumait parce que l’on aime fumer.

1. tabac [ taba ] n. m.
• 1599; tabacco 1555; esp. tabaco, du haïtien tsibatl
1Plante (solanacées) originaire d'Amérique, haute et à larges feuilles, qui contient un alcaloïde toxique, la nicotine. Le tabac fut introduit en France par Jean Nicot (cf. Nicotine) sous François II. Pied, champ de tabac. La mosaïque du tabac.
2(1629) Produit manufacturé, vendu sous diverses formes, fait de feuilles de tabac séchées et préparées, pour priser, chiquer, fumer. 1. perlot, vx pétun. Tabac brun (ou noir); blond, d'Orient. Tabac fort, léger. Tabacs étrangers. havane, maryland, virginie. Tabac à mâcher, à chiquer. chique. Tabac à priser. « Levant le nez pour humer une prise de tabac » (France). Tabac découpé pour fumer. scaferlati. Tabac gris. caporal. Du tabac pour bourrer sa pipe, rouler des cigarettes. Blague, pot à tabac. « J'ai du bon tabac dans ma tabatière » (chanson populaire). Tabac dénicotinisé. Fumée de tabac. Abus du tabac, intoxication par le tabac. nicotinisme, tabacomanie, tabagisme. Doigts jaunis par le tabac. Débit, bureau de tabac. région. tabagie (cf. ci-dessous 3o). (En France) Service d'exploitation industrielle des tabacs et des allumettes (S. E. I. T. A.).
Les tabacs : l'administration des tabacs (en France).
Loc. fam. (1888) C'est toujours le même tabac : c'est toujours la même chose. « Quelle vie. Toujours la même histoire. Toujours le même tabac » (Queneau). Du même tabac : du même genre.
Couleur de tabac, couleur tabac; adj. inv. tabac : d'un brun-roux. Des vêtements tabac.
3Bureau de tabac. Aller au tabac. Tenir un tabac ( buraliste) . Bar-tabac , café-tabac : café où se trouve un bureau de tabac. La carotte, enseigne du tabac. « dans un café-tabac, aux agréments ordinaires des bars s'ajoute celui d'un va-et-vient perpétuel » (Romains). « un tabac et un P. M. U. y attiraient un supplément de clientèle » (Queneau).
tabac 2. tabac [ taba ] n. m.
• 1802 arg.; répandu 2e moitié XIXe; de tabasser, d'apr. 1. tabac
Fam.
1Vx Bataille, volée de coups. (1879) Mod. Passage à tabac : violences sur une personne qui ne peut se défendre. ⇒ tabassage. Passer qqn à tabac. tabasser.
(1864) Coup de tabac : tempête, mauvais temps.
2Loc. (v. 1950; avoir le gros tabac arg. théâtre 1901) Faire un tabac : avoir un grand succès. La pièce a fait un tabac pendant plusieurs mois. Par ext. Quel tabac !

tabac nom masculin (radical onomatopéique tabl-, évoquant des coups violents) Familier. Coup de tabac, tempête violente mais brève. Populaire. Faire un tabac, avoir un grand succès. Familier. Passer quelqu'un à tabac, le frapper, le rouer de coups. ● tabac (expressions) nom masculin (radical onomatopéique tabl-, évoquant des coups violents) Familier. Coup de tabac, tempête violente mais brève. Populaire. Faire un tabac, avoir un grand succès. Familier. Passer quelqu'un à tabac, le frapper, le rouer de coups. ● tabac nom masculin (espagnol tabaco, de l'arawak tobaco) Plante herbacée (solanacée) dont plusieurs espèces sont cultivées comme ornementales et l'espèce principale pour ses feuilles riches en nicotine et constituant le tabac au sens 2. Ces feuilles, séchées et préparées pour fumer, priser, chiquer ou pour fabriquer des cigares, des cigarettes : Fumer du tabac brun. Débit de tabac. En apposition à bar, café, désigne un débit de boissons qui fait en même temps bureau de tabac. ● tabac adjectif invariable D'une couleur brun roux qui rappelle celle du tabac séché. ● tabac (citations) nom masculin (espagnol tabaco, de l'arawak tobaco) Gustave Flaubert Rouen 1821-Croisset, près de Rouen, 1880 Académie française, 1880 Tabac : Cause de toutes les maladies du cerveau et des maladies de la moelle épinière. Dictionnaire des idées reçues Jean-Baptiste Poquelin, dit Molière Paris 1622-Paris 1673 Quoi que puisse dire Aristote et toute la Philosophie, il n'est rien d'égal au tabac : c'est la passion des honnêtes gens, et qui vit sans tabac n'est pas digne de vivre. Dom Juan, I, 1, Sganarelle Marc Antoine Girard, sieur de Saint-Amant Quevilly, près de Rouen, 1594-Paris 1661 Académie française, 1634 Non, je ne trouve point beaucoup de différence De prendre du tabac à vivre d'espérance, Car l'un n'est que fumée, et l'autre n'est que vent. Sonnet, Assis sur un fagot…tabac (expressions) nom masculin (espagnol tabaco, de l'arawak tobaco) Familier. Le même tabac, la même chose. Tabac d'Espagne, nom usuel de l'argynne, papillon nymphalidé. Virus de la mosaïque du tabac, virus à A.R.N., en forme de bâtonnet, pathogène pour les plants de tabac, découvert par W. M. Stanley et qui a été un modèle essentiel d'étude de la structure physique des virus.

tabac
n. m.
d1./d Loc. fig., Fam. Passer qqn à tabac, le rouer de coups.
d2./d MAR Coup de tabac: tempête.
d3./d Loc. Fam. Faire un tabac: remporter un grand succès au théâtre, au cinéma.
————————
tabac
n. m.
d1./d Plante herbacée (genre Nicotiana, Fam. solanacées) originaire d'Amérique du S., de grande taille, dont les larges feuilles sont riches en nicotine et en composés aromatiques. Tabac rustique, cultivé en Afrique.
d2./d Préparation obtenue avec les feuilles de cette plante, séchées et partiellement fermentées. Tabac à fumer, à chiquer, coupé en fines lamelles. Tabac à priser, réduit en poudre pour priser. Tabac brun, blond.
d3./d (En appos.) inv. Couleur tabac ou tabac: brun tirant sur le roux ou sur le jaune. Du velours tabac.

I.
⇒TABAC1, subst. masc.
A. — BOT. Plante aromatique de la famille des Solanacées, haute et à larges feuilles alternes, contenant un alcaloïde toxique, la nicotine. Synon. vx ou plais. herbe à Nicot. Culture du tabac; champ, plantation de tabac; pied, feuille de tabac; hangar, séchoir à tabac. L'eau de pluie que nous ramassons, il faut que nous en arrosions six plants de tabac dont il est fier et qui ne paient rien à la douane (CLAUDEL, Protée, 1927, I, 3, p. 364). Très importantes cultures de tabac, à fleurs blanches, larges et belles feuilles (GIDE, Retour Tchad, 1928, p. 886).
B. — Produit manufacturé, vendu sous diverses formes, fabriqué à partir des feuilles de tabac séchées et préparées pour fumer, priser ou chiquer. Là, sur une table (...) tous les tabacs connus depuis le tabac jaune de Pétersbourg jusqu'au tabac noir du Sinaï (...) resplendissaient dans les pots de faïence craquelée qu'adorent les Hollandais (DUMAS père, Monte-Cristo, t. 1, 1846, p. 565). [Il] bourrait sa pipe de merisier. Le tabac belge, le savoureux tabac des Ardennes et de la Semois fleurait bon, à brûler dans ce vieux bois plein de senteurs (VAN DER MEERSCH, Empreinte dieu, 1936, p. 51). V. blague1 ex. 1, cigarette ex. 1, nicotine ex. de Van der Meersch et pipe ex. 2.
SYNT. Tabac blond, brun; tabac corsé, doux, fort, léger, parfumé; tabac anglais, d'Orient, d'Amérique; tabac à pipe, pour la pipe; tabac à fumer, à rouler, à priser, à mâcher, à chiquer; carotte de tabac (v. carotte C 1); tabac gris ou p. ell. du déterminé gris (v. gris II A 3 a); paquet de tabac; odeur de tabac; fumée de tabac refroidie; débit de tabac (v. débit B 1 b); bureau de tabac (v. bureau II C 1); marchand de tabac; tabac (de) caporal ou p. ell. du déterminé caporal (v. caporal B); doigts jaunis par le tabac.
À tabac. Utilisé pour le tabac (à chiquer). Couteau, râpe à tabac. Où l'on met le tabac. Pot à tabac (v. pot I A 1). La blague à tabac où ses doigts cornés trituraient toujours un tas de choses (PEYRÉ, Matterhorn, 1939, p. 53).
Cave à tabac. Petite boîte carrée, en bois doublé de cuivre étamé, en porcelaine ou en marbre, divisée en compartiments dans lesquels on conservait les différentes espèces de tabac à priser dont on faisait des mélanges (d'apr. HAVARD 1890).
— [En fonction de déterm.] Couleur de tabac, couleur tabac. Brun roux. Dans les parterres du capitaine Mauger, que j'ai vus, tantôt, par-dessus la haie, c'est un véritable désastre, et tout y est couleur de tabac. Les arbres, à travers la campagne, commencent de jaunir et de se dépouiller (MIRBEAU, Journal femme ch., 1900, p. 124). Il était vêtu d'une jaquette couleur tabac, serrée et boutonnée haut (LACRETELLE, Hts ponts, t. 3, 1935, p. 98).
En empl. adj. inv. [P. ell. du déterminé] Voyez quel air martial respire ce vénérable membre de la Garde nationale! Avec son habit tabac, son sabre et sa giberne en bandoulière, son fusil sur l'épaule (...) il va affronter les ennemis (...) de la tranquillité publique (BALZAC, Œuvres div., t. 1, 1836, p. 177).
Loc. pop., fam.
(C'est toujours) le même tabac. (C'est toujours) la même chose. Je ne veux pas partir d'ici (...) Ailleurs, ça serait le même tabac (...) Tu penses que ça ne changerait rien (CARCO, Homme traqué, 1922, p. 189). Toujours la même histoire. Toujours le même tabac (QUENEAU, Loin Rueil, 1944, p. 192). Le ch'timi: un cul terreux (...). Le Blondinet: Lambert et lui, c'est le même tabac (SARTRE, Mort ds âme, 1949, p. 215).
Du même tabac. Du même genre. (Dict. XXe s.).
(C'est) un autre tabac. (C'est) autre chose. J'en repère deux ou trois malabars. Le reste c'est du garçon coiffeur (...) Ça jappe, mais s'il s'agissait de se mettre vraiment au boulot, ça sauterait par la fenêtre. Les malabars, pardon et minute, c'est un tout autre tabac (GIONO, Gds chemins, 1951, p. 69).
P. méton.
Parfum obtenu à partir d'extraits de tabac; note de parfum rappelant cette odeur. (Dict. XXe s.).
Rare. Moment où l'on fume; fait de fumer. À l'heure du tabac, quand ils commencèrent à boire, ayant fini de manger, ils se mirent, de même que chaque jour, à parler de leur ennui (MAUPASS., Contes et nouv., t. 2, Mlle Fifi, 1881, p. 156).
C. — P. méton. Bureau, débit de tabac. Le tabac du coin. Ça ne peut se passer qu'au tabac ou dans l'arrière-boutique du libraire cochon d'à côté (...). L'un des deux procure, à ce qu'on raconte, des mineures qui ont l'air de vendre des fleurs (CÉLINE, Voyage, 1932, p. 596). Je le vis sonner à un immeuble de belle apparence, et entrer. D'un tabac encore ouvert, rue de la Bienfaisance, je pouvais surveiller l'immeuble (ABELLIO, Pacifiques, 1946, p. 237).
D. — Au plur. Monopole des tabacs. En France, monopole d'état des tabacs concernant la production, l'importation et la commercialisation des tabacs. Le XIXe, n'en a pas moins vu survivre ou même se créer quelques entreprises gérées par l'État (...). Ainsi les monopoles fiscaux des tabacs ou des allumettes (CHENOT, Entr. national., 1956, p. 11).
— [Le plus souvent avec une majuscule] Administration du Service d'exploitation industrielle des Tabacs et Allumettes. Contrôleur des tabacs. Ce n'est qu'après des examens, quelquefois renouvelés à plusieurs reprises, qu'on est admis dans les services des douanes, de l'enregistrement, des contributions directes ou indirectes et des tabacs (VIVIEN, Ét. admin., t. 1, 1859, p. 190).
REM. 1. -tabac, élém. de compos. Bar-tabac, bistrot-tabac, café-tabac, subst. masc. Café, bar qui fait bureau de tabac. Le café-tabac constitue avec la poste et la mairie, le troisième et principal pôle attractif de la place (MARTIN DU G., Vieille Fr., 1933, p. 1029). Cette salade unique, exemplaire, était à 4 F sur le menu de ce bistrot-tabac, à une dizaine de kilomètres au sud de Deauville (L'Express, 18 avr. 1981, p. 51, col. 1). 2. Tabac-, élém. de compos. Tabac-journaux, subst. masc. Bureau de tabac où l'on vend également des journaux. — Vous savez, aujourd'hui c'est l'école [qui ferme]. Demain, ce sera le tabac-journaux, après le bistrot... La commune va mourir (A. GALAN, Le Retour de Rastignac, 1982, p. 35). 3. Tabaco-, élém. formant tiré du fr. tabac, entrant dans la constr. de subst. fém. dans le domaine de la méd. a) Tabacomanie. Abus du tabac. (Dict. XXe s.). b) Tabacosis. ,,Pneumoconiose causée par l'inhalation de poussières de tabac, observée chez les ouvriers manipulant le tabac`` (Méd. Biol. t. 3 1972).
Prononc. et Orth.:[taba]. Homon. et homogr. tabac2. Att. ds Ac. dep. 1694. Étymol. et Hist. [1555 cité comme mot indigène, à propos de Haïti Tabaco « instrument à deux tuyaux servant à fumer » (J. POLEUR, trad. de OVIEDO, Hist. nat. et gen. des Indes, Isles et Terre Ferme de la Grand Mer Oceane [trad. de l'esp.], fol. 71b ds KÖNIG, p. 190)] 1. 1590 mot esp. cité Tabaco « plante solanée cultivée surtout pour ses feuilles qui sont fumées, prisées ou mâchées après préparation » (J. Th. DE BRY, Brieve Hist. de Virginia, p. 16, ibid., p. 191); 1598 id. (R. REGNAULT CAUXOIS, trad. de J. DE ACOSTA, Hist. nat. et mor. des Indes, tant Or. qu'Occ. [trad. de l'esp.], fol. 183b, ibid.); 1601-03 tabac (CHAMPLAIN, Œuvres, Québec, 1870, t. 1, 1, p. 46, ibid.); 1603 id. (ID., Des Sauvages, fol. 9b, ibid.: quantité de Tabac (qui est une herbe dont ils prennent la fumée)); 2. 1629 désigne les feuilles de cette plante préparées pour être fumées (SAINT-AMANT, Sonnet ds Œuvres, éd. J. Bailbé, t. 1, XLIII, p. 280: Non, je ne trouve point de difference De prendre du tabac, à vivre d'esperance, Car l'un n'est que fumée, et l'autre n'est que vent); spéc. pot à tabac, v. pot; 1697 tabac d'Espagne « tabac de couleur roux clair » (J.-Fr. REGNARD, Le Distrait, p. 197), d'où infra 4 et 5; 3. a) 1665 « lieu public où l'on se réunissait pour fumer et boire » (Arrêt du Parlement, 10 janv. ds DG); b) 1769 bureau à tabac « local où l'on vend du tabac » (J.-J. ROUSSEAU, Les Confessions, VIII, éd. B. Gagnebin et M. Raymond, p. 381); 1794 bureau de tabac (CHAMFORT, Caract. et anecd., p. 161); 1887 p. ell. tabac (ZOLA, Terre, p. 54: Tabac, chez Lengaigne [enseigne]; 4. 1733 adj. « brun-roux, de la couleur du tabac » (Inv. après décès du chevalier Roze, éd. Arnaud d'Agnel ds B. du Comité des travaux hist. et sc., 1903, p. 477: un autre habit estamine complect couleur tabac); 1790 tabac d'Espagne désigne une couleur roux clair (doc. ds L. BRIOLLAY, Ét. écon. sur le XVIIIe s., Les prix en 1790, p. 338); 5. 1791 zool. tabac d'Espagne désigne un papillon aux ailes d'un roux clair (VALM. t. 7, p. 619); 6. [1871 c'est le même tabac « c'est la même chose » (La Sociale ds FRANCE 1907)] 1888 le même tabac « la même chose » (d'apr. ESN.); 1901 id. (BRUANT). Empr. à l'esp. tabaco, att. dep. la 1re moit. du XVIe s. au sens 1 et au sens de « cigare » (LAS CASAS ds FRIED.; cf. aussi OVIEDO Y VALDES, trad. supra 1555, ibid.), lui-même empr. à l'arawak de Cuba et Haïti (KÖNIG, pp. 190-195; FEW t. 20, pp. 79-80; v. en partic. les nombreux textes esp. anc. cités ds FRIED. où tabaco est présenté comme un mot indigène). A remplacé pétun.
DÉR. 1. Tabagique, adj. a) Vx. Relatif à la tabagie. (Dict. XIXe et XXe s.). b) Rare. Relatif au tabac. Le jeune diseur ne vit rien du tout tellement était dense l'épais brouillard tabagique qui séparait comme une cloison de buée la scène de la salle (GALIPEAUX, Souv., 1931, p. 49). c) Méd., pathol. Relatif au tabagisme, provoqué par le tabagisme. Il ne faut pas confondre l'amblyopie diabétique (...) avec le scotome central tabagique et alcoolique (LE GENDRE, ds Nouv. Traité Méd., fasc. 7 1924, p. 413). Des leucoplasies vraies syphilitiques, le plus souvent en même temps tabagiques (NICOLAS, ds Nouv. Traité Méd., fasc. 4 1925, p. 670). []. 1res attest. a) 1846 tabachique « qui a rapport au tabac » (Causeries du Tintamarre, 13 sept., in BAUDELAIRE, Œuvres en collaboration, éd. J. Monquet, p. 126 ds QUEM. DDL t. 3), 1860 tabagique (E. FOURNIER, Énigmes des rues de Paris, ch. 10 ds LITTRÉ Suppl.), b) 1925 méd., pathol. « qui est provoqué par l'abus du tabac » (NICOLAS, loc. cit.); de tabac1, suff. -ique, la finale ayant subi l'infl. de tabagie. 2. Tabagisme, subst. masc., méd., pathol. Intoxication aiguë ou chronique de nature physiologique et psychique provoquée par l'abus du tabac. Le cancer gastrique frappe essentiellement les hommes autour de la cinquantaine (...). Comme pour tous les cancers son origine est mystérieuse. On a invoqué la possibilité de lésions préexistantes bénignes d'abord puis qui dégénéreraient. Alcoolisme et tabagisme ont été incriminés (QUILLET Méd. 1965, p. 140). []. 1re attest. 1896 (J. CHARCOT, in G.-M. DEBOVE et Ch. ACHARD, Man. de méd., t. 4, p. 635 ds QUEM. DDL t. 8); du rad. de tabagique, suff. -isme.
BBG. — BALDINGER (K.). Zur Entwicklung der Tabakindustrie und ihrer Terminologie. In:[Mél. Piel (J.-M.)]. Heildelberg, 1969, pp. 30-61. — HITIER (H.), SABOURIN (L.). Le Tabac. Paris, 1970, pp. 9-10. — QUEM. DDL t. 20 (s.v. tabagique). — SPITZER (L.). Z. fr. Spr. Lit. 1917, t. 44, p. 218, 220. — WARTBURG (W. von). Von Fr. Petum und Tabac. In:[Mél. Rosetti (A.)]. Bucuresti, 1966, pp. 1007-1011.
II.
⇒TABAC2, subst. masc.
A. — 1. Arg., pop., vieilli. Bataille, violente bagarre. Garçons! dit le sergent radieux (...) y aura du tabac cette nuit (...) On a surpris le mot des Prussiens (...) Je crois que cette fois nous allons le leur reprendre, ce sacré Bourget! (A. DAUDET, Contes lundi, 1873, p. 29).
2. a) Fam. Passer qqn à tabac. Battre, rouer de coups (quelqu'un qui ne peut pas se défendre). Synon. tabasser. Ils sont accusés tous les cinq d'avoir entraîné le marin Braz, après l'avoir saoulé, de l'avoir « passé à tabac » et dépouillé de l'argent qu'il portait sur lui (GIDE, Souv. Cour d'ass., 1913, p. 656). J'avais l'impression de subir un interrogatoire de police; d'un instant à l'autre on allait me sauter dessus et me passer à tabac (BEAUVOIR, Mandarins, 1954, p. 415).
Passage à tabac. Action de passer quelqu'un à tabac. Synon. tabassage. Les évadés repris couraient à tout le moins la chance d'un sévère passage à tabac (AMBRIÈRE, Gdes vac., 1946, p. 228).
b) Arg. des marins. Coup de tabac. Tempête courte et violente. P. métaph., fam. Les bourses qui ont le plus souffert de ce coup de tabac sont aussi celles qui possèdent l'outil informatique le plus performant (Ressources Temps réel, nov. 1987, n° 35, p. 24, col. 4).
B. — Fam. (Faire) un tabac. Obtenir un grand succès. Le premier long métrage de Frank C. fit un tabac au Festival de Cannes (Le Nouvel Observateur, 8 nov. 1976 ds GILB. 1980).
Prononc. et Orth.:[taba]. Homon. et homogr. tabac1. Étymol. et Hist. 1. 1828-29 arg. f... du tabac à « battre » (VIDOCQ, Mém., t. 3, p. 189); 1833 repasser du tabac (BOREL, Champavert, p. 177); 1836 coquer du tabac à (VIDOCQ, Voleurs, t. 2, p. 90); 1878-79 trans. passer à tabac (La Petite lune, n° 34, p. 2); 2. 1859 être dans le tabac « être dans une situation critique » (LARCH., p. 105); 3. 1873 tabac « bruit, bagarre » (A. DAUDET, loc. cit.); 4. 1901 tabac « applaudissements, succès » (ROSSIGNOL, Dict. arg., p. 103); 5. 1918 coup de tabac « mauvaise mer » (DAUZAT, Arg. guerre, p. 235). Déverbal de tabasser croisé avec tabac1 p. plaisant. Voir FEW t. 13, 1, p. 8a et 9a.
STAT. Tabac1 et 2. Fréq. abs. littér.:1 455. Fréq. rel. littér.:XIXe s.: a) 1 495, b) 2 572; XXe s.: a) 2 176, b) 2 225.
BBG. — QUEM. DDL t. 31 (s.v. passage à tabac).

1. tabac [taba] n. m.
ÉTYM. 1599; tabacco, 1555; esp. tabaco, du haïtien tsibatl.
1 Plante (Solanacées) originaire d'Amérique, haute et à larges feuilles, qui contient un alcaloïde toxique, la nicotine. || Le tabac, introduit en France par Jean Nicot sous François II, fut d'abord utilisé comme plante décorative et médicinale (« Herbe à Nicot », « herbe à tous les maux »), puis on prépara ses feuilles pour être prisées, chiquées ou fumées.Culture du tabac; pied, champ de tabac. || Mildiou du tabac. || Plantation de tabac. || La mosaïque (1. Mosaïque, cit. 6) du tabac. || Hangar, séchoir à tabac d'une exploitation. || Bottes de feuilles de tabac séchées envoyées à la manufacture. Manoque.
0.1 Gédéon Spilett fut tout d'abord surpris de l'odeur qu'exhalaient certains végétaux à tiges droites, cylindriques et rameuses, qui produisaient des fleurs disposées en grappes et de très petites graines. Le reporter arracha une ou deux de ces tiges et revint vers le jeune garçon, auquel il dit :
« Vois donc ce que c'est que cela, Harbert ?
— Et où avez-vous trouvé cette plante, monsieur Spilett ?
— Là, dans une clairière, où elle pousse très abondamment.
— Eh bien, monsieur Spilett, dit Harbert, voilà une trouvaille qui vous assure tous les droits à la reconnaissance de Pencroff !
— C'est donc du tabac ?
— Oui, et, s'il n'est pas de première qualité, ce n'en est pas moins du tabac ! »
J. Verne, l'Île mystérieuse, t. I, p. 432.
(1665). || Tabac des Vosges. Arnica.
2 (1629). Produit manufacturé, vendu sous diverses formes, fait de feuilles de tabac séchées et préparées, pour priser, chiquer, fumer. Nicotiane (vx); pétun (vx); perlot (fam.). || Tabac brun (ou noir). || Tabac blond. || Tabac d'Orient (blond et parfumé). || Tabac fort, léger; parfumé. || Tabacs des Caraïbes (havane), d'Amérique du Nord (maryland, virginie), des Philippines (manille)… || Le tabac était autrefois vendu en carottes, en torques ( 2. Carotte, 2. rôle) et on le préparait soi-même. || Tabac à mâcher, à chiquer. Chique (→ Racler, cit. 5), masticatoire. || Hacher (cit. 2) du tabac. || Tabac en poudre à priser (2. Priser, cit. 1 et 2). Schnouff (vx). → Caftan, cit. 2. || Humer (cit. 9) une prise de tabac. || Tabac découpé vendu en paquets, en pochettes, pour fumer. Scaferlati. || Brins ligneux dans le tabac à fumer ( Bûche). || Tabac pour pipe, à pipe. || Tabac à rouler. || Tabac grossier. Gros-cul. || Tabac gris, ellipt. un paquet de gris. Caporal (→ Exécrable, cit. 8). || Du tabac pour bourrer (cit. 1) sa pipe. || « J'ai du bon tabac dans ma tabatière » (→ Nez, cit. 18). || Tabac roulé en cigares, en cigarettes. Cigare, cigarette. || Tabac dénicotinisé. || Odeur de tabac (→ Renfermer, cit. 10). || Bouffée (cit. 1), fumée de tabac (→ Musique, cit. 23). aussi Tabagie. || L'alcool et le tabac considérés comme des poisons (cit. 7). || Abus du tabac. Tabacomanie. || Intoxication (cit. 2) chronique par le tabac. Nicotinisme, tabagisme. || Doigts jaunis par le tabac.À tabac. Anciennt. || Couteau, râpe à tabac. || Blague, pot à tabac ( Tabatière). || Cave à tabac.
1 Après dîner, Sainte-Beuve, nous voyant fumer, dit : « Ne pas fumer est un grand vide dans la vie. On est obligé de remplacer le tabac par des distractions trop naturelles (…) qui ne vous accompagnent pas jusqu'au bout. (…) »
Ed. et J. de Goncourt, Journal, 8 nov. 1862, t. II, p. 54.
1.1 (…) les Cuiabanos expliquent que le tabac en corde doit être déchiré et émietté à la main et non coupé au couteau de peur qu'il ne s'évente.
Claude Lévi-Strauss, Tristes tropiques, p. 225.
Débit de tabac ou bureau de tabac (→ Ligue, cit. 6; malheureux, cit. 32). || La carotte rouge, enseigne des bureaux de tabac. || Marchand de tabac. Buraliste.
2 Nom d'une pipe ! je dois pour trente francs de cigares à mon bureau de tabac, et je n'ose point passer devant cette maudite boutique sans les payer.
Balzac, la Rabouilleuse, Pl., t. III, p. 908.
3 (Un tabac). Bureau de tabac. || Il nous a donné rendez-vous dans un petit tabac de Montmartre. || Café-tabac, bar-tabac : café, bar qui fait bureau de tabac. || Tabac-journaux : bureau de tabac où l'on vend aussi des journaux.
3 D'entre les trois ou quatre débits qu'il aperçoit, Wazemmes se décide pour celui qui arbore la carotte de la régie. Non qu'il ait envie d'acheter des cigarettes (…) Mais dans un café-tabac, aux agréments ordinaires des bars s'ajoute celui d'un va-et-vient perpétuel.
J. Romains, les Hommes de bonne volonté, t. IV, I, p. 8 (1934).
4 Pierrot (…) se dirigea vers l'Uni-Bar, un café célèbre dans le quartier (…) Les employés de l'Uni-Park y venaient nombreux; un tabac et un P. M. U. y attiraient un supplément de clientèle (…)
R. Queneau, Pierrot mon ami, III.
4 N. m. pl. (Déb. XIXe, P.-L. Courier). || Les tabacs sont, en France, un monopole d'État (→ aussi 3. Droit, cit. 29). Anciennt. || Administration de la Régie française des tabacs. || Service d'exploitation industrielle des tabacs et des allumettes (abrév. : S. E. I. T. A.). || Entrer aux tabacs. || Contrôleur des tabacs.
5 (1888). Loc. fam., fig. C'est toujours le même tabac : c'est toujours la même chose. — ☑ Du même tabac : du même genre.
5 Quelle vie. Toujours la même histoire. Toujours le même tabac. Ça ne vous fatigue pas à la fin de souffrir tout le temps à cause des femmes ?
R. Queneau, Loin de Rueil, III, IX.
6 Couleur de tabac, couleur tabac (→ Baisser, cit. 19), et, par ext., tabac : d'un brun roux. || Des yeux tabac, tabac d'Orient.
tableau Désignations de couleurs.
7 Note de parfum obtenue à partir d'extraits de tabac.
DÉR. Tabacomanie, tabaculteur, tabageur, tabagie, tabatière, tabatier.
COMP. Anti-tabac.
————————
2. tabac [taba] n. m.
ÉTYM. 1802, argot; répandu après 1850; de tabasser, (tabas), écrit tabac, d'après 1. tabac, par homonymie et à cause du sémantisme de « coup » assumé par la prise de tabac. Cf. aussi Se chiquer la gueule.
1 Fam., vx. Bataille, volée de coups. Tabassée.Loc. Donner du tabac : battre. || « Si tu m'échauffes la bile, je te f… du tabac pour la semaine » (Vidal, 1833, in Larchey, Dict. de l'argot parisien, 1872).
Mod. Passer à tabac : battre, rouer de coups (qqn qui ne peut se défendre). || Les flics l'ont passé à tabac. || Passage à tabac.
0.1 Au dix-septième siècle, se battre, c'était se donner du tabac; au dix-neuvième, c'est se chiquer la gueule. Vingt locutions différentes ont passé entre ces deux extrêmes.
Hugo, les Misérables, IV, VII, II.
REM. Les dates suggérées par Hugo sont, selon la documentation disponible, inexactes.
1 Nous l'avons gardé à votre disposition et vous pourrez venir le chercher quand il vous plaira (au commissariat).
— L'avez-vous passé à tabac ? demanda la voix sèche.
Sartre, le Sursis, p. 321.
(1864). Coup de tabac : tempête, mauvais temps.
2 Seigneur ! Quelle nuit je viens de passer ! Je suis moulu, je n'ai pas fermé l'œil. Vers 16 heures, hier, fort « coup de tabac »; j'ai dû jeter mon ancre flottante (…)
Alain Bombard, Naufragé volontaire, p. 136.
2 (V. 1950; avoir le gros tabac, argot de théâtre, 1901; p.-ê. des coups frappés en applaudissant). a Loc. Faire un tabac : avoir un grand succès. || Sa nouvelle pièce a fait un tabac. || « Un Néerlandais de chez Fokker a fait “un tabac” avec le F. 27, vendu à plus de sept cents exemplaires » (l'Express, 9 juin 1976, p. 104). || « Le jeune médecin fait désormais un “tabac” quand il dénonce les excès de l'urbanisation » (l'Express, 5 mai 1979, p. 117).
b Par ext. || Un tabac : un gros succès. || « À ce niveau-là, ce n'est même plus du succès, c'est un “tabac” » (le Nouvel Obs., 26 déc. 1977, p. 53). || « Le grand tabac cette année, c'est la mini-chaîne » (le Nouvel Obs., 2 mars 1981, p. 52).

Encyclopédie Universelle. 2012.

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